Ecrire, comment ça marche ?

L’écriture est une activité solitaire. Méditative. Réflexive. On écrit parce qu’on a des choses à dire. On écrit aussi parce qu’on ne sait pas précisément ce qu’on va dire. Comment on va le dire. Avec quels mots. Avec quel accent. Avec quel rythme. Comment les mots vont s’articuler entre eux. Comment ils vont dialoguer. L’écriture est une aventure. On s’y lance parce qu’on a quelque chose à écrire. Dont les contours sont toujours à la fois définis et flous. Je crois que l’acte d’écrire ressemble à celui du sculpteur qui regarde sa matière. Morceau de bois ou de marbre. Il commence par sentir ce que ce morceau de matière veut lui dire, le génie qu’il contient et qu’il a pour tâche de révéler au grand jour, de sortir de sa prison de matière. Une fois que la matière a parlé, alors il peut aller en finesse découper une oreille, ciseler un orteil, créer de la texture, du mouvement… Pour l’écriture, c’est pareil. Il y a d’abord une idée simple ou complexe. Qui paraît clair, limpide. Et puis vient le moment où il faut la coucher par écrit, trouver les mots justes, la formule ramassée, l’argumentation précise pour traduire ce qui dans l’esprit avait une clarté qui n’était pas encore celle des mots. Alors, parfois les mots sont dociles, ils coulent, l’expression juste s’impose d’elle-même, immédiatement. Parfois ils sont retors et alors ce qui au départ paraissait clair s’obscurcit, les questions arrivent, tout s’embrouille. Sur la page, les mots se biffent, se rebiffent, ou au contraire se taisent devant une page qui n’en finit plus de rester blanche. Mais quand enfin on réussit à attraper le génie, le cœur, l’angle, alors à nouveau, la phrase se fait fluide. Les mots coulent. Le texte jaillit à gros coups de burin. Cette matière brute, il est aisée ensuite de la ciseler.